Questions-réponses :
COMMENT PROTÉGER LES ENFANTS CONTRE LES ABUS SEXUELS
Les parents veulent souvent savoir ce qu’ils peuvent faire pour protéger leurs enfants contre les abus sexuels. Ils se demandent comment discuter de la question avec leurs enfants. Ils veulent trouver le meilleur moyen d’aborder le sujet.
Questions-réponses :
* Q : Devrais-je annoncer à mon enfant que nous allons parler d’abus pédosexuels? *
R : Vous n’avez pas à dire à vos enfants que les techniques que vous leur enseignez les outilleront contre les abus sexuels. Dites-leur plutôt que votre but est de leur donner des trucs pour protéger leur sécurité et leur santé.
* Q : Devrais-je raconter à mes enfants des histoires basées sur l’actualité pour qu’ils prennent le sujet au sérieux? *
R : Même si cela se fait souvent dans une bonne intention, la peur n’est pas un bon moyen d’éduquer les enfants à la sécurité. Faire peur aux enfants ne fait qu’accroître leur insécurité et peut les rendre plus vulnérables. Il est important d’adapter votre propos à l’âge des enfants et d’y aller dans une logique de protection et d’autonomie.
* Q : Est-ce que je risque de causer du tort à mes enfants en voulant les outiller contre les abus sexuels? *
R : Beaucoup de parents craignent que la sensibilisation aux abus sexuels soit plus nuisible qu’autre chose pour leurs enfants. L’éducation à la prévention ne fait pas de tort aux enfants. Au contraire, de nombreuses études en vantent les mérites. On a constaté en effet que les enfants qui ont reçu une bonne éducation préventive sont plus enclins que les autres à signaler les abus. Cela a pour effet de faire cesser les abus et de procurer à l’enfant l’aide dont il a besoin.
N’oubliez pas que vous n’avez pas à dire à vos enfants que les techniques que vous leur enseignez les outilleront contre les abus sexuels. Il n’y a rien d’insécurisant pour un enfant à apprendre à nommer les parties de son corps, à identifier ses sentiments, à trouver des adultes de confiance, etc.
* Q : Comment parler à mes enfants? *
R : Allez-y de manière suivie. La sécurité personnelle doit devenir une habitude de vie chez les enfants. Il est important de traiter du sujet de manière pratico-pratique, comme vous le feriez pour tout autre sujet lié à la sécurité personnelle. Par exemple :
- Sécurité à vélo : porter un casque
- Sécurité automobile : boucler sa ceinture de sécurité
- Sécurité domestique : verrouiller la porte
- Sécurité incendie : s’arrêter, se jeter par terre et rouler
Tout comme vous rappelez continuellement ces consignes de sécurité à vos enfants, pareillement vous devriez discuter continuellement avec eux des mesures à prendre pour réduire les abus sexuels et l’exploitation sexuelle.
* Q : Par où commencer? Comment poursuivre? De quoi parler? *
1 : Amorcer la discussion : (de 4 à 7 ans environ)
- Aidez vos enfants à prendre possession de leur corps :
- Commencer à s’habiller tout seuls;
- Commencer à prendre leur bain et à se laver tout seuls;
- Ils vont aller aux toilettes tout seuls.
- Apprenez aux enfants à s’affirmer. Donnez-leur des occasions de se pratiquer à allier à leur langage corporel des messages verbaux forts qui leur permettront de se faire prendre au sérieux (NON!, Arrête!, Je n’aime pas ça!, etc.).
- Ne forcez pas un enfant à exprimer de l’affection s’il paraît mal à l’aise. Apprendre le respect à un enfant n’équivaut pas à lui apprendre l’obéissance. Respectez le choix de l’enfant s’il préfère éviter les manifestations physiques d’affection (câlins, etc.). Du coup, il développera sa conscience de lui-même, et vous respecterez son droit de prendre ses propres décisions concernant les contacts physiques.
- Apprenez aux enfants à nommer correctement les parties de leur corps.
- Expliquez aux enfants que leurs parties intimes, c’est-à-dire les parties couvertes par leur maillot de bain, leur appartiennent et que personne n’a le droit d’y toucher. (Citez des cas d’exception, par exemple : quand ils se blessent ou sont malades et qu’ils ont besoin de se faire examiner par un médecin, un parent, un substitut parental, etc.)
- Dites aux enfants de vous prévenir si quelqu’un...
- demande à toucher leurs parties intimes ou leur demande de toucher les parties intimes d’une autre personne;
- demande à voir leurs parties intimes ou leur demande de regarder les parties intimes d’une autre personne;
- veut les photographier nus ou leur montrer des photos nues d’autres personnes;
- leur raconte des blagues obscènes ou leur parle de sexe;
- va aux toilettes devant eux;
- veut leur donner le bain et laver leurs parties intimes trop souvent;
- leur fait peur, leur fait du mal ou de la peine, ou les rend mal à l’aise.
- Dites-leur de vous rapporter tout secret concernant un toucher. Lire Les bons et les mauvais secrets de Tatie la tortue.
- Apprenez aux enfants comment identifier leurs sentiments (joie, tristesse, colère, peur, confusion, etc.).
- Aider les enfants à trouver dans leur entourage des adultes de confiance à qui demander de l’aide au besoin.
2 : Poursuivre la discussion : (de 8 à 11 ans environ)
- Apprenez aux enfants à respecter les limites de l’intimité pour ce qui est de se changer, de prendre son bain et d’aller aux toilettes. Il n’est pas rare que les enfants de cet âge commencent à réclamer un peu d’intimité. Posez des limites en ce qui concerne l’information accessible aux enfants, par exemple, lessujets pour adultes (conversations, émission télé, musique, sites internet, jeux, etc.). Même si les enfants s’intéressent aux sujets pour adultes, ils n’ont ni les connaissances ni l’expérience nécessaires pour accueillir ce genre d’information. Faites-leur pratiquer leurs techniques d’affirmation de soi. Faites des mises en situation où ils doivent répondre avec fermeté à des adultes qu’ils connaissent et à d’autres qu’ils ne connaissent pas. Pratiquez-les à envoyer des messages fermes avec leur voix et leur corps pour montrer qu’ils doivent se faire prendre au sérieux.
- Expliquez-leur qu’ils auront peut-être du mal à être fermes avec un adulte qu’ils connaissent. Il est parfois très difficile de savoir quoi faire quand un adulte, surtout quelqu’un qu’ils aiment, enfreint leurs limites personnelles (dépasse les bornes). ). Il n’est pas réaliste de s’attendre que, dans pareille situation, un enfant dirait « NON! ». Il est plus utile de reconnaître à quel point une telle situation peut lui être pénible et de lui conseiller de raconter ce qui s’est passé à vous ou à un autre adulte de confiance.
- Expliquez aux enfants la différence entre une bonne amitié et une mauvaise amitié . Les pédocriminels misent parfois sur l’amitié pour obtenir la soumission d’un enfant et éviter la dénonciation. Expliquez à quoi on reconnaît l’amitié.
- Aidez les enfants à identifier leurs sentiments. Cela leur apprendra à s’écouter et à se connaître.
- Expliquez-leur que certaines personnes essaient de mettre des enfants au secret après leur avoir fait des attouchements ou leur avoir montré des images de nudité dans des films ou sur Internet. Expliquez-leur aussi qu’une personne peut essayer d’obtenir le silence d’un enfant en le menaçant de lui faire du mal ou de s’en prendre à un membre de sa famille. Dites-leur qu’il s’agit là d’une ruse et de vous prévenir (vous ou un autre adulte de confiance) peu importe ce qu’ils se font dire.
- Aidez les enfants à trouver des adultes de confiance dans leur famille, à l’école et dans leur voisinage.
3 : Discussions ultérieures avec les préados et les jeunes ados :
- Parlez des relations saines et malsaines, des limites et des rôles des adultes. Sachant que les enfants sont sensibles à l’attention et à l’affection, les pédoprédateurs utilisent parfois ces moyens pour les manipuler et les soumettre. Parlez de ce qui distingue la coopération et la coercition dans une relation; discutez aussi des relations saines entre adultes et enfants et du fait que le rôle d’un adulte est de protéger les enfants, et non de développer une amitié avec eux. Expliquez-leur que l’attirance sexuelle d’un adulte pour un ado est quelque chose d’extrêmement inapproprié voire d’illégal.
- Continuez de poser des limites en ce qui concerne l’information accessible aux enfants, par exemple les sujets pour adultes–(conversations, émission télé, musique, sites internet, jeux, etc.). L’application rigoureuse de limites appropriées dans les relations adultes-enfants renforcera la sécurité personnelle des enfants. Ne cherchez pas à découvrir ce qui se passe dans leur tête. Offrez-leur votre soutien affectif s’ils ont envie de parler, mais n’insistez pas.
- Parlez des comportements dangereux. Examinez des scénarios et trouvez des occasions, à travers des films et des émissions télé, pour discuter des comportements dangereux. Expliquez-leur comme s’y prendre pour résoudre des problèmes étape par étape.
- Cerner le comportement problématique.
- Discuter des meilleurs moyens de faire face à la situation.
- Choisir le meilleur moyen.
- Aidez les enfants à identifier et à exprimer leurs émotions. Expliquez-leur que l’intensité d’une émotion peut varier considérablement. Par exemple, quand on se sent heureux, on peut être simplement content ou carrément jubilant. Quand on se sent triste, on peu être simplement tristounet ou carrément démoralisé. Apprendre aux enfants à identifier leurs états émotifs développera leur capacité à maîtriser leurs émotions et à les exprimer.
- Restez en dialogue et offrez-leur votre soutien affectif s’ils ont envie de parler. On ne peut pas forcer un enfant à s’ouvrir, mais il est important de leur montrer que vous le voyez quand ils ne sont pas eux-mêmes et que ça n'a pas l’air d’aller. Ils seront heureux de savoir qu’un adulte bienveillant est là pour eux.